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Sur une façade de pierre d’un bâtiment historique et patrimonial se déploie une installation artistique contemporaine constituée de tubes de verre lumineux bleus courbés disposés en zigzag. L’œuvre forme une longue ligne brisée qui se déploie autour d’une fenêtre du 1er étage et descend légèrement au rez-de-chaussée.  Le bâtiment qui sert de support à l’installation est constitué de 3 étages et d’une toiture d’ardoises. Sa façade en pierre est claire et symétrique. L’ordonnancement de la façade est caractéristique d’une architecture de style classique. Le centre est ainsi marqué par un léger avant-corps surmonté d’un fronton triangulaire.  De part et d’autre de ce dernier, se déploient symétriquement 4 travées composées chacune de 3 niveaux de fenêtres et porte-fenetres rectangulaires entourées de pierres de taille saillantes.  L’œuvre est positionnée sur la première travée à gauche de l’avant corps et ressemble à la corolle d’une fleur déployée. La trajectoire dynamique de la ligne brisée commence à l’angle gauche de la porte-fenêtre du rez-de-chaussée. En remontant vers le premier étage, elle déborde sur l’encadrement de la fenêtre de la 2e travée. Elle termine sa course en se déployant autour de la fenêtre de la 1ère travée, près de l’avant-corps central.  Le motif est à la fois simple et complexe.  La ligne brisée est sinueuse et en zigzag. Elle est composée de fins tubes fluorescents bleus en forme d’arcs de cercle. Le motif créé est irrégulier puisque les courbes se chevauchent et se croisent parfois, formant comme des pétales. 

Cette installation de type floral repose sur une structure discrète, composée de segments métalliques formés d’angles aigus pointant alternativement à droite et à gauche, tel une ligne en zigzag. Les angles des segments de métal sont de valeur variée, leur ouverture est parfois très large, parfois très serrée.  Ces angles servent d’ancrage aux extrémités des arcs de cercle de verre. En fonction du degré de l’angle, l’orientation des tubes fluorescents bleus diverge. La couleur émanant des tubes lumineux est froide. Le bleu est intense mais clair. Au centre du tube, la lumière est presque blanche. Ce rayonnement projette aussi un halo sur la façade du bâtiment. L’œuvre toujours éclairée, est visible en plein jour mais prend une autre dimension, plus spectaculaire, la nuit venue. 

François Morellet est né en 1926 à Cholet. Après un diplôme de russe, il commence à travailler dans l’usine de jouets familiale comme concepteur de modèles. En parallèle de ce métier, il produit et expose des oeuvres d’art. D’abord passionné par la peinture, ses rencontres avec Victor Vasarely, Ellsworth Kelly ou Vera Molnar l’orientent vers l’abstraction géométrique. Très vite, il opte pour le all over, cette tendance à recouvrir entièrement la toile. Avec Horacio Garcia Rossi, Julio Le Parc, Joël Stein, Francisco Sobrino, et Jean-Pierre Yvaral qu’il crée le Groupe de Recherche d’Art Visuel (le GRAV). Entre 1960 et 1968, le groupe organise des projets et des expositions collectives qui mêlent cinétisme et effets optiques en exploitant les infinies possibilités de la lumière électrique. Multipliant les supports et les matériaux (toiles, adhésifs, néons), François Morellet utilise les mathématiques et la géométrie pour inventer des règles qui laissent pourtant beaucoup de place au hasard. Ces ensembles de règles forment des systèmes que l’artiste explique dans les titres de ses œuvres.  Les propositions, parfois absurdes, traduisent une forme d’humour et d’ironie qui démythifient l’art.  

Le Pi rococo de façade installé en 1999 dans la cour d’honneur de l’École nationale supérieure d’art de Bourges appartient à une série. Le principe de François Morellet consiste à dérouler les décimales du nombre Pi (3,14159… ) en leur associant une traduction angulaire.  1=10°, 3=30°, 4=40°, etc. C’est ce qui permet de constituer le zigzag noir de métal. Par-dessus, des tubes d’argon courbés sont disposés. Leur luminosité bleutée fait oublier le tracé noir. Les arcs de cercles respectent pourtant la trame de la ligne brisée, chaque extrémité de la courbe correspondant à un sommet du zigzag. Mais les arcs de cercles s’entremêlent en courbes et contre-courbes produisant un motif plus imprévisible. 

 Le nombre Pi se déroule à l’infini et la ligne brisée formée par la juxtaposition des angles est donc théoriquement infinie aussi. Dans le cas des versions dites « de façade », la ligne est intégrée à une architecture et sa dimension est arrêtée par les limites du bâtiment. Il existe plusieurs versions de ce dialogue avec l’architecture à Tours, Lyon, Brest, Epinal et Cologne, dans des propositions pérennes ou éphémères. A Bourges, le bâtiment de l’Ecole national supérieure d’art possède un ordonnancement classique liée à son usage premier de collège jésuite du XVIIe siècle.  Sa rigueur géométrique trouve un écho dans le système utilisé par Morellet mais les arcs de cercles en tubes d’argon évoquent bien plus les entrelacs du style rococo. Le contraste entre le bâtiment et l’oeuvre est  voulu. François Morellet aiment parler de « déinstégrations »,  concernant ses interventions sur des architectures. Ses propositions sont souvent des provocations qui dialoguent de manière décalée et ironique avec le lieu. 

L’année 2026 marque le centenaire de la naissance de l’artiste. À cette occasion l’ENSA de Bourges a décidé de restaurer l’œuvre Pi rococo de façade qui retrouvera sa place sur la façade restaurée de la cour d’honneur de l’école en septembre. 

L’oeuvre étudiée s’intitule  𝜋-rococo de façade. Réalisée par François Morellet en 1999, sur le bâtiment de l’ENSA de Bourges, elle fait partie d’une série. Cette installation est constituée de tubes d’argon et d’une structure métallique. 

Ce podcast a été produit par les Têtes renversantes en août 2026. Texte : Diane Gouard et Julie Legrand. Voix Diane Gouard. Musique : Passepied, quatrième mouvement de la Suite bergamasque de Claude Debussy. Merci de nous avoir écouté et à bientôt.