Portrait de Simonetta Vespucci vue de profil devant un paysage
Portrait de Simonetta Vespucci vue de profil devant un paysage
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Devant un paysage naturaliste mais épuré se tient une jeune femme au caractère idéalisé et presque  irréel. Elle est représentée de profil, tournée vers la gauche, cadrée à mi-corps, la poitrine dénudée et savamment coiffée. 

Dans un format vertical, l’arrière-plan présente un décor de paysage qui se déploie autour d’un horizon brumeux. La nature représentée semble à la fois naturelle et surnaturelle. Une prairie vert kaki, traitée en aplat, est agrémentée de quelques arbres aux silhouettes chétives. Du côté gauche du tableau, les branches sont dépouillées et donnent aux végétaux une forme squelettique alors que du côté droit, quelques feuilles foncées garnissent les branches.  

Derrière les arbres, apparait une ligne de rochers. A gauche, la silhouette d’une ville ou d’un château s’accroche à la falaise mais à droite, les effets de brume gomment les contours des roches qui se jettent étrangement dans la mer. L’eau, bleue verte, semble calme. La teinte foncée de la mer fait écho aux nuages menaçants qui la surplombe, au-dessus de la ligne d’horizon. Ces nuées contrastent fortement avec le visage clair de la jeune femme qui apparaît devant ce décor de paysage.  

La jeunesse du modèle est confirmée par sa peau lumineuse et lisse. Le front bombé, sans doute épilé, les sourcils délicats, presque invisibles, le nez fin et les lèvres rosées au léger sourire montrent le soin apporté à sa mise en beauté. Ses yeux bruns regardent vers l’avant d’une manière douce et mélancolique. Le châle qui drape ses épaules, malgré ses motifs colorés verts et roses, ne dissimule presque rien de son buste. Ses seins menus, aux aréoles claires, se dressent franchement sur son torse, offerts au regard. Un collier d’or, à mailles serrées repose sur d’invisibles clavicules. Une fine couleuvre s’agite sur le bijou, s’enroulant en méandres autour du métal. 

Mais le plus spectaculaire de la parure de la jeune femme est sa coiffure aux cheveux relevés en un chignon complexe. Des rubans à motifs, verts, rouges ou blancs, servent de base à la coiffure en retenant certains cheveux, Ce chignon est agrémenté de nombreux entrelacs, tresses et éléments décoratifs. Les reflets éclatants du blond vénitien sont mis en valeur par des perles blanches de différentes tailles piquées dans les tresses ou enroulées en chapelets précieux, le tout complété de quelques bijoux rouge en grenat. 

Tout en bas de l’image, un bandeau brun rapporté est recouvert de lettres majuscules dorées. La mention latine indique : SIMONETTA IANUENSIS VESPUCCIA soit  Simonetta Vespucci la Génoise. 

La jeune femme ayant servi de modèle au tableau de Piero di Cosimo est Simonetta Vespucci. Originaire de Gênes, elle arrive à Florence en 1469 à l’âge de 16 ans. Son mariage avec Marco Vespucci est une union politique destinée à sceller une alliance entre la République de Gênes et les Médicis. En quelques mois elle devient l’idéal de beauté de la cité médicéenne. Célébrée pour la perfection de ses traits mais aussi pour la grâce de ses mouvements, elle est “la Sans Pareille”. En 1475, Julien de Médicis, frère de Laurent le Magnifique, porte ses couleurs lors d’un tournoi équestre. Leur relation platonique, héritière de l’amour courtois médiéval, inspire les poètes comme Ange Politien, mais Simonetta meurt un an plus tard, emportée par la tuberculose à seulement vingt-trois ans. 

Son visage ne disparaît pas pour autant car il est immortalisé par les peintres de son époque. Sandro Botticelli s’inspire d’elle dans La Naissance de Vénus ou Le Printemps et Domenico Ghirlandaio l’aurait représentée en Vierge de miséricorde dans la chapelle familiale des Vespucci. Le portrait peint par Piero di Cosimo, s’inscrit dans cette suite d’hommages mais a été réalisé tardivement, au début des années 1480, après la mort du modèle. Le tableau pourrait avoir été commandé par la famille Médicis, ou être un cadeau des Vespucci à ces derniers après l’assassinat de Julien lors de la conjuration des Pazzi en 1478. 

L’œuvre témoigne du style singulier de Piero di Cosimo, un peintre de transition dont l’art mêle la tradition du portrait de profil héritée des médailles antiques à un naturalisme précis venu des maîtres flamands. Cette influence nordique se révèle dans le traitement méticuleux des bijoux et de la coiffure complexe, ornée de perles et de rubans. L’artiste utilise une palette riche, où le bleu du ciel contraste avec les rehauts de blanc de la carnation et le rose des lèvres. 

Le tableau de Piero di Cosimo a fait l’objet de nombreuses études. En effet, la nudité de la jeune femme dans ce tableau est déroutante et ne peut être associée à l’image d’une jeune fille vertueuse. Mais Simonetta, avec son visage parfait et son destin tragique sert ici un propos plus philosophique. Cette allégorie complexe sur la mort et la beauté peut être comprise grâce aux détails observés précédemment. Le serpent qui s’enroule autour du collier d’or évoque l’ Ouroboros, le serpent qui se mord la queue. Dans la pensée de l’époque, il symbolise le cycle éternel du temps et la finitude de la vie humaine. Cette symbolique funèbre se retrouve dans le paysage à l’arrière-plan. À gauche, derrière le profil de Simonetta, un arbre mort et un nuage noir évoquent son trépas prématuré, tandis qu’à droite, la nature verdoyante et le ciel apaisé suggèrent une renaissance.  La coiffure de Simonetta, ornée d’un filet de perles, est aussi appelée vespaio (c’est à dire nid de guêpes), faisant allusion au mot italien vespa (la guêpe) qui figure sur le blason familial des Vespucci. 

Les analyses scientifiques de l’oeuvre ont récemment confirmé que l’inscription « SIMONETTA IANUENSIS VESPUCCIA » en bas du tableau est bien d’origine et que le modèle est clairement identifiable. En choisissant l’image idéale de Simonetta, l’artiste développe dans son œuvre l’idée que la beauté parfaite est un absolu qui triomphe de la finitude humaine et fait du modèle une allégorie où la personne s’efface, sans disparaître, et devient  un mythe éternel. 

L’oeuvre présentée s’intitule Portrait de femme ou Simonetta Vespucci,. Il a été peint par Piero di Cosimo,  v. 1480-1490, C’est une détrempe sur bois, de 57 x 42 cm, conservé au Musée Condé de Chantilly . 

Ce podcast a été produit par Les Têtes renversantes en juillet 2026. 

Texte : Diane Gouard et Julie Legrand 

Voix : Diane Gouard 

Musique :  The Return d’Alexander Nakarada – 

Merci de nous avoir écouté et à bientôt.