Louise Moillon, Coupe de cerises, prunes et melon
[vers 1633, huile sur bois, 48 x 65 cm, Paris, Louvre]



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Sur une planche de bois émergeant de la pénombre sont disposés quelques fruits d’été. Le cadrage de cette nature morte est centré sur la table et on ne distingue rien à l’arrière-plan. La sobriété du décor contraste avec les couleurs chatoyantes et les textures variés des fruits.
Dans une pièce indistincte mais sombre, une planche de bois clair peu épaisse mais lisse et propre, sert de support à un agencement équilibré de divers éléments. Le format horizontal souligne la présence de la table de bois qui marque la composition. Sa tranche apparaît clairement dans le quart inférieur du tableau . Sa surface est donc vue en plongée (c’est à dire par dessus) mais disparaît dans l’obscurité du fond du tableau.
La nature morte est pourtant éclairée par une source de lumière qui provient de la gauche mais qui est hors champ. Les ombres des objets s’épanouissent sur leur droite, intensifiant les contrastes.
Au centre de l’œuvre, légèrement décalé à gauche sur la table, trône une coupelle de céramique blanche aux bords ondulés de manière régulière en festons. De grandes feuilles vertes de cerisier en sortent. Elles sont disposées en corolle et servent d’écrin à un amas de cerises. Leurs queues jaillissent de la coupe en une folle danse, dynamisant l’ensemble. Les cerises charnues mais de taille moyenne présentent des teintes variées allant du jaune au rouge en passant par les couleurs corail, carmin et grenat.
Devant la coupelle, au bord de la table, une prune bleutée solitaire est posée nonchalamment. Dans cet espace ordonné, elle marque l’axe médian de l’œuvre. Mais cette prune crée aussi un peu de désordre car l’une de ses feuilles s’échappe et, soumise à la gravité, tombe devant la table.
Le reste des prunes se trouve un peu plus loin sur la gauche. Une branche supporte six fruits murs dont on ressent visuellement le poids. Le feuillage présente des irrégularités : feuilles recroquevillées, percées ou dévorées par des insectes absents. Mais les fruits sont parfaits. Leur peau violacée est recouverte de pruine, cette pellicule qui se forme naturellement sur les fruits à maturité. Ainsi les prunes captent la lumière qui les frappe directement et apparaissent bleu ciel.
Sur la droite de la table, un melon est posé en pleine lumière. De la forme sphérique de la cucurbitacée s’échappe un bout de tige. Sa peau texturée est calleuse. Elle contraste avec la chair orangée et juteuse qui apparaît dans la découpe du fruit. On devine aussi les pépins et la partie fibreuse de la pulpe. Mais cet aspect est encore plus visible dans le morceau découpé qui est posé à proximité de la coupe aux cerises. Il semblerait que cette tranche de melon ait été coupée en 2 et qu’il en manque une partie. Qu’est-il advenu de la moitié manquante ?
Peinte vers 1633, la Coupe de cerises, prunes et melon est l’une des compositions les plus emblématiques de Louise Moillon. Cette artiste, née à Paris en 1610 au sein d’une famille de peintres grandit dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Dans ce refuge pour les artistes venus des Pays-Bas, elle se familiarise très tôt avec la tradition nordique de la nature morte. Fille du peintre Nicolas Moillon et belle-fille du peintre et marchand de tableaux François Garnier, elle devient, avant l’âge de vingt ans, l’une des plus éminentes spécialistes de la nature morte de son temps. Parmi ses clients elle compte le roi Charles Ier d’Angleterre. Indépendante, elle se marie à l’âge de 30 ans avec un riche marchande bois parisien. Sa carrière se poursuit après cette union bien que de manière moins intense.
Son art, marqué par une simplicité et une sobriété harmonieuse, est souvent perçu comme le reflet de sa foi protestante. On peut y voir une manière de glorifier la création divine à travers les objets les plus humbles. L’immobilité et le silence qui émanent des objets représentés offrent à ses œuvres un attrait presque hypnotique. Ce sentiment est amplifié par la composition équilibrée et stable qui est un poncif de son art où corbeilles et paniers sont disposés sur une table ou une margelle de manière précise. Dans ce tableau, Louise Moillon ordonne sa composition autour d’un axe central constitué d’un compotier de porcelaine blanc débordant de cerises. Cette coupe dite à godrons, les ondulations qui animent le bord du récipient, est très caractéristique de la faïence française du XVIIe siècle et apparaît dans plusieurs compositions de l’artiste.
Ses tableaux sont généralement de format modeste, adapté au sujet et à sa clientèle d’amateurs. Outre sa science des harmonies colorées que l’historien d’art Pierre Rosenberg a nommé « l’accord acide des couleurs », l’art de Moillon est axé sur la précision des textures et le rendu réaliste des matières. Malgré sa sobriété, cette nature morte est ainsi d’une grande virtuosité technique.
Mais l’œuvre invite aussi à une méditation plus profonde. Si ses contemporains flamands parsèment souvent leurs natures mortes d’insectes pour rappeler le caractère éphémère de la vie et mettre en scène des Vanités, Louise Moillon préfère ici le silence absolu. Dans ce cadrage serré, les fruits semblent suspendus dans le temps. La perfection de leur rendu, entre velouté et transparence, transforme cette simple collation en un objet de contemplation pur. L’artiste joint à la précision du dessin une science consommée de la lumière. Les ombres portées et les reflets sur la peau des fruits ne cherchent pas seulement le réalisme, ils créent un sentiment d’apaisement et de tranquillité. Elle fait ainsi de l’immobilité une force, qui permet la contemplation de la beauté immuable des choses. L’œuvre est ainsi une célébration de la « vie silencieuse », autre nom donné aux natures mortes au XVIIe siècle.
L’œuvre présentée s’intitule Coupe de cerises, prunes et melon. Elle a été peinte par Louise Moillon, vers 1633. C’est une huile sur bois de 48 cm sur 65 cm, conservée au Musée du Louvre à Paris,
Ce podcast a été produit par les Têtes renversantes en juillet 2026
TExte : Diane Gouard et Julie Legrand
Voix Diane Gouard
Musique : Beautiful Lies de Saurabh Alwadkar
Merci de nous avoir écouté et à bientôt.